Sempe-Goscinny Les Recres Du Petit Nicolas.pdf

(268 KB) Pobierz
SEMPÉ-GOSCINNY
SEMPÉ-GOSCINNY
Les récrés du petit Nicolas
Denoël
Alceste a été renvoyé
Le nez de tonton Eugène
La montre
On fait un journal
Le vase rose du salon
À la récré, on se bat
King
L’appareil de photo
Le football
1re mi-temps
2e mi-temps
Le musée de peintures
Le défilé
Les boy-scouts
Le bras de Clotaire
On a fait un test
La distribution des prix
Alceste a été renvoyé
Il est arrivé une chose terrible à l’école r Alceste a été renvoyé!
Ça s’est passé pendant la deuxième récré du matin.
Nous étions tous là à jouer à la balle au chasseur, vous savez comment on y joue :
celui qui a la balle, c’est le chasseur; alors, avec la balle il essaie de taper sur un
copain et puis le copain pleure et devient chasseur à son tour. C’est très chouette. Les
seuls qui ne jouaient pas, c’étaient Geoffroy, qui est absent ; Agnan, qui repasse
toujours ses leçons pendant la récré, et Alceste, qui mangeait sa dernière tartine à la
confiture du matin. Alceste garde toujours sa plus grande tartine pour la deuxième
récré, qui est un peu plus longue que les autres. Le chasseur, c’était Eudes, et ça
n’arrive pas souvent:
comme il est très fort, on essaie toujours de ne pas l’attraper avec la balle, parce que
quand c’est lui qui chasse, il fait drôlement mal. Et là, Eudes a visé Clotaire, qui s’est
jeté par terre avec les mains sur la tête; la balle est passée au-dessus de lui, et bing elle
est venue taper dans le dos d’Alceste qui a lâché sa tartine, qui est tombée du côté de
la confiture. Alceste, ça ne lui a pas plu ; il est devenu tout rouge et il s’est mis à
pousser des cris ; alors, le Bouillon — c’est notre surveillant — il est venu en courant
pour voir ce qui se passait; ce qu’il n’a pas vu, c’est la tartine et il a marché dessus, il
a glissé et il a failli tomber. Il a été étonné, le Bouillon, il avait tout plein de confiture
sur sa chaussure. Alceste, ça a été terrible, il a agité les bras et il a crié:
— Nom d’un chien, zut! Pouvez pas faire attention où vous mettez les pieds ? C’est
vrai, quoi, sans blague!
Il était drôlement en colère, Alceste ; il faut dire qu’il ne faut jamais faire le guignol
avec sa nourriture, surtout quand c’est la tartine de la deuxième récré. Le Bouillon, il
n’était pas content non plus.
— Regardez-moi bien dans les yeux, il a dit à Alceste ; qu’est-ce que vous avez dit?
— J’ai dit que nom d’un chien, zut, vous n’avez pas le droit de marcher sur mes
tartines ! a crié Alceste.
Alors, le Bouillon a pris Alceste par le bras et il l’a emmené avec lui. Ça faisait
chouic, chouic, quand il marchait, le Bouillon, à cause de la confiture qu’il avait au
pied.
Et puis, M. Mouchabière a sonné la fin de la récré. M. Mouchabière est un nouveau
surveillant pour lequel nous n’avons pas encore eu le temps de trouver un surnom
rigolo. Nous sommes entrés en classe et Alceste n’était toujours pas revenu. La
maîtresse a été étonnée.
— Mais où est donc Alceste? elle nous a demandé.
Nous allions tous lui répondre, quand la porte de la classe s’est ouverte et le directeur
est entré, avec Alceste et le Bouillon.
— Debout ! a dit la maîtresse.
— Assis ! a dit le directeur.
Il n’avait pas l’air content, le directeur; le Bouillon non plus; Alceste, lui, il avait sa
grosse figure toute pleine de larmes et il reniflait.
— Mes enfants, a dit le directeur, votre camarade a été d’une grossièreté inqualifiable
avec le Bouil... avec M. Dubon. Je ne puis trouver d’excuses pour ce manque de
respect vis-à-vis d’un supérieur et d’un aîné. Par conséquent, votre camarade est ren-
voyé. Il n’a pas pensé, oh! bien sûr, à la peine immense qu’il va causer à ses parents.
Et si dans l’avenir il ne s’amende pas, il finira au bagne, ce qui est le sort inévitable de
tous les ignorants. Que ceci Soit un exemple pour vous tous!
Et puis le directeur a dit à Alceste de prendre ses affaires. Alceste y est allé en
pleurant, et puis il est parti, avec le directeur et le Bouillon.
Nous, on a tous été très tristes. La maîtresse aussi.
— J’essaierai d’arranger ça, elle nous a promis.
Ce qu’elle peut être chouette la maîtresse, tout de même!
Quand nous sommes sortis de l’école, nous avons vu Alceste qui nous attendait au
coin de la rue en mangeant un petit pain au chocolat. Il avait l’air tout triste, Alceste,
quand on s’est approchés de lui.
— T’es pas encore rentré chez toi ? j’ai demandé.
— Ben non, a dit Alceste, mais il va falloir que j’y aille, c’est l’heure du déjeuner.
Quand je vais raconter ça à Papa et à Maman, je vous parie qu’ils vont me priver de
dessert. Ah ! c’est le jour, je vous jure...
Et Alceste est parti, en traînant les pieds et en mâchant doucement. On avait presque
l’impression qu’il se forçait pour manger. Pauvre Alceste, on était bien embêtés pour
lui.
Et puis, l’après-midi nous avons vu arriver à l’école la maman d’Alceste, qui n’avait
pas l’air contente et qui tenait Alceste par la main. Ils sont entrés chez le directeur et
le Bouillon y est allé aussi.
Et un peu plus tard, nous étions en classe quand le directeur est entré avec Alceste, qui
faisait un gros sourire.
— Debout! a dit la maîtresse.
— Assis ! a dit le directeur.
Et puis il nous a expliqué qu’il avait décidé d’accorder une nouvelle chance à Alceste.
Il a dit qu’il le faisait en pensant aux parents de notre camarade, qui étaient tout tristes
devant l’idée que leur enfant risquait de devenir un ignorant et de finir au bagne.
— Votre camarade a fait des excuses à M. Dubon, qui a eu la bonté de les accepter, a
dit le directeur; j’espère que votre camarade sera reconnaissant envers cette
indulgence et que, la leçon ayant porté et ayant servi d’avertissement, il saura racheter
dans l’avenir, par sa conduite, la lourde faute qu’il a commise aujourd’hui. N’est-ce
pas ?
— Ben... oui, a répondu Alceste.
Le directeur l’a regardé, il a ouvert la bouche, il a fait un soupir et il est parti.
Nous, on était drôlement contents; on s’est tous mis à parler à la fois, mais la
maîtresse a tapé sur la table avec une règle et elle a dit:
— Assis, tout le monde. Alceste, regagnez votre place et soyez sage. Clotaire, passez
au tableau.
Quand la récré a sonné, nous sommes tous descendus, sauf Clotaire qui est puni,
comme chaque fois qu’il est interrogé. Dans la cour, pendant qu’Alceste mangeait son
sandwich au fromage, on lui a demandé comment ça s’était passé dans le bureau du
directeur, et puis le Bouillon est arrivé.
— Allons, allons, il a dit, laissez votre camarade tranquille; l’incident de ce matin est
terminé, allez jouer ! Allons !
Et il a pris Maixent par le bras et Maixent a bousculé Alceste et le sandwich au
fromage est tombé par terre.
Alors, Alceste a regardé le Bouillon, il est devenu tout rouge, il s’est mis à agiter le
bras, et il a crié:
— Nom d’un chien, zut! C’est pas croyable ! Voilà que vous recommencez ! C’est
vrai, quoi, sans blague, vous êtes incorrigible !
Le nez de tonton Eugène
C’est Papa qui m’a emmené à l’école aujourd’hui, après le déjeuner. Moi, j’aime bien
quand Papa m’accompagne, parce qu’il me donne souvent des sous pour acheter des
choses. Et là, ça n’a pas raté. Nous sommes passés devant le magasin de jouets et,
dans la vitrine, j’ai vu des nez en carton qu’on met sur la figure pour faire rire les
copains.
«Papa, j’ai dit, achète-moi un nez! » Papa a dit que non, que je n’avais pas besoin de
nez, mais moi je lui ai montré un grand, tout rouge, et je lui ai dit:
«Oh! oui, Papa! Achète-moi celui-là, on dirait le nez de tonton Eugène!»
Tonton Eugène, c’est le frère de Papa ; il est gros, il raconte des blagues et il rit tout le
temps. On ne le voit pas beaucoup, parce qu’il voyage, pour vendre des choses très
loin, à Lyon, à Clermont-Ferrand et à Saint-Étienne. Papa s’est mis à rigoler.
— C’est vrai, il a dit Papa, on dirait le nez d’Eugène en plus petit. La prochaine fois
qu’il viendra à la maison je le mettrai.
Et puis nous sommes entrés dans le magasin, nous avons acheté le nez, je l’ai mis sur
ma figure; ça tient avec un élastique, et puis Papa l’a mis sur sa figure, et puis la
vendeuse l’a mis sur sa figure, on s’est tous regardés dans une glace et on a drôlement
rigolé. Vous direz ce que vous voudrez, mais mon papa il est très chouette!
En me laissant à la porte de l’école, Papa m’a dit: «Surtout, sois sage et essaie de ne
pas avoir d’ennuis avec le nez d’Eugène.» Moi, j’ai promis et je suis entré dans
l’école.
Dans la cour, j’ai vu les copains et j’ai mis mon nez pour leur montrer et on a tous
rigolé.
— On dirait le nez de ma tante Claire, a dit Maixent.
— Non, j’ai dit, c’est le nez de mon tonton Eugène, celui qui est explorateur.
— Tu me prêtes le nez ? m’a demandé Eudes.
— Non, j’ai répondu. Si tu veux un nez, t’as qu’à demander à ton papa de t’en acheter
un!
— Si tu ne me le prêtes pas, je lui donne un coup de poing, à ton nez! il m’a dit
Eudes, qui est très fort, et bing! il a tapé sur le nez de tonton Eugène.
Moi, ça ne m’a pas fait mal, mais j’ai peur qu’il ait cassé le nez de tonton Eugène ;
alors, je l’ai mis dans ma poche et j’ai donné un coup de pied à Eudes. On était là à se
battre, avec les copains qui regardaient, quand le Bouillon est arrivé en courant. Le
Bouillon, c’est notre surveillant, et un jour, je vous raconterai pourquoi on l’appelle
comme ça.
— Alors, il a dit le Bouillon, qu’est-ce qui se passe ici?
— C’est Eudes, j’ai dit ; il m’a donné un coup de poing sur le nez et il me l’a cassé
Le Bouillon a ouvert des grands yeux, il s’est baissé pour mettre sa figure devant la
mienne, et il m’a dit: «Montre voir un peu... »
Alors, moi, j’ai sorti le nez de tonton Eugène de ma poche et je lui ai montré. Je ne
sais pas pourquoi, mais ça l’a mis dans une colère terrible, le Bouillon, de voir le nez
de tonton Eugène.
— Regardez-moi bien dans les yeux, il a dit le Bouillon, qui s’est relevé. Je n’aime
pas qu’on se moque de moi, mon petit ami. Vous viendrez jeudi en retenue, c’est
compris?
Je me suis mis à pleurer, alors Geoffroy a dit:
— Non, m’sieur, c’est pas sa faute!
Le Bouillon a regardé Geoffroy, il a souri, et il lui a mis la main sur l’épaule.
— C’est bien, mon petit, de se dénoncer pour sauver un camarade.
— Ouais, a dit Geoffroy, c’est pas sa faute, c’est la faute à Eudes.
Le Bouillon est devenu tout rouge, il a ouvert la bouche plusieurs fois avant de parler,
et puis il a donné une retenue à Eudes, une à Geoffroy, et une autre à Clotaire qui riait.
Et il est allé sonner la cloche.
En classe, la maîtresse a commencé à nous expliquer des histoires de quand la France
était pleine de Gaulois. Alceste qui est assis à côté de moi, m’a demandé si le nez de
tonton Eugène était vraiment cassé. Je lui ai dit que non, qu’il était seulement un peu
aplati au bout, et puis je l’ai sorti de ma poche pour voir si je pouvais l’arranger. Et ce
qui est chouette, c’est qu’en poussant avec le doigt à l’intérieur, je suis arrivé à lui
donner la forme qu’il avait avant. J’étais bien content.
— Mets-le, pour voir, m’a dit Alceste.
Alors, je me suis baissé sous le pupitre et j’ai mis le nez, Alceste a regardé et il a dit:
— Ça va, il est bien.
— Nicolas! Répétez ce que je viens de dire! a crié la maîtresse qui m’a fait très peur.
Je me suis levé d’un coup et j’avais bien envie de pleurer, parce que je ne savais pas
ce qu’elle venait de dire, la maîtresse, et elle n’aime pas quand on ne l’écoute pas. La
maîtresse m’a regardé en faisant des yeux ronds, comme le Bouillon.
— Mais... qu’est-ce que vous avez sur la figure? elle m’a demandé.
— C’est le nez que m’a acheté mon papa j’ai expliqué en pleurant.
La maîtresse, elle s’est fâchée et elle s’est mise à crier, en disant qu’elle n’aimait pas
les pitres et que si je continuais comme ça, je serais renvoyé de l'école et que je
deviendrais un ignorant et que je serais la honte de mes parents. Et puis elle m’a dit:
«Apportez-moi ce nez! »
Alors, moi, j’y suis allé en pleurant, j’ai mis le nez sur le bureau de la maîtresse et elle
a dit qu’elle le confisquait, et puis elle m’a donné à conjuguer le verbe «Je ne dois pas
apporter des nez en carton en classe d’histoire, dans le but de faire le pitre et de
dissiper mes camarades. »
Quand je suis rentré à la maison, Maman m’a regardé et elle m’a dit: «Qu’est-ce que
tu as, Nicolas, tu es tout pâlot. » Alors je me suis mis à pleurer, je lui ai expliqué que
le Bouillon m’avait donné une retenue quand j’avais sorti le nez de tonton Eugène de
ma poche, et que c’était la faute d’Eudes qui avait aplati le bout du nez de tonton
Eugène et qu’en classe la maîtresse m’avait donné des choses
à conjuguer, à cause du nez de tonton Eugène, qu’elle m’avait confisqué. Maman m’a
regardé, l’air tout étonné, et puis elle m’a mis la main sur le front, elle m’a dit qu’il
faudrait que je me couche un peu et que je me repose.
Et puis, quand Papa est revenu de son bureau, Maman lui a dit:
— Je t’attendais avec impatience, je suis très inquiète. Le petit est rentré très énervé
de l’école. Je me demande s’il ne faudrait pas appeler le docteur.
— Ça y est! a dit Papa, j’en étais sûr, je l’avais pourtant prévenu! Je parie que ce petit
étourdi de Nicolas a eu des ennuis avec le nez d’Eugène!
Alors on a eu tous très peur, parce que Maman s’est trouvée mal et il a fallu appeler le
docteur.
La montre
Hier soir, après ma rentrée de l’école, un facteur est venu et il a apporté un paquet
pour moi. C’était un cadeau de Mémé. Un cadeau terrible et vous ne devineriez jamais
ce que c’était: une montre-bracelet !
Ma mémé et ma montre sont drôlement chouettes, et les copains vont faire une drôle
Zgłoś jeśli naruszono regulamin